Le lunellois Charles Mauras et les chansons d’Alphonse Arnaud
À l’occasion du centenaire de la naissance d’Alphonse Arnaud, Charles Mauras a entrepris un important travail de restitution de plusieurs chansons dont les paroles et les partitions avaient été conservées.
Cette page permet d’écouter ses interprétations, ainsi que plusieurs enregistrements anciens.
À l’occasion du centième anniversaire de la naissance d’Alphonse Arnaud, un ouvrage a été publié, réunissant notamment ses chansons dont nous avions pu retrouver les paroles et les partitions.
Charles Mauras a bien voulu enregistrer les accompagnements musicaux et interpréter ces chansons. Nous vous proposons d’écouter ses versions, suivies, lorsque nous en disposons, d’enregistrements de chanteurs emblématiques de l’époque d’Alphonse Arnaud.
Ces écoutes permettent d’apprécier le travail de restitution réalisé par Charles Mauras et de retrouver les voix qui ont fait vivre ce répertoire, sans chercher à comparer les interprètes.
Les chansons présentées sont :
« Sérénado à Babèu », avec également une interprétation d’Alphonse Arnaud ;
« Vole un poutoun », avec également une interprétation de René Arnaud ;
« Lou jardin abandouna », avec également une interprétation de Pierre Gibert ;
« Sérénado en pantaï », avec également une interprétation de Pierre Gibert ;
« La culido de l’amour » ;
« Nautre li paisan », dont nous ne connaissons aucune autre interprétation.
Les enregistrements d’Alphonse Arnaud pour « Sérénado à Babèu » et de René Arnaud pour « Vole un poutoun » ont été réalisés en mai 1966, avec les moyens techniques de l’époque, sur la terrasse d’un bar aux Saintes-Maries-de-la-Mer, pendant le pèlerinage. Ils constituent de précieux témoignages de ces moments de chant et de partage.
Sérénado à Babèu
L’histoire de « Sérénado à Babèu » mérite quelques précisions.
En 1987, nous préparions le centenaire de la naissance d’Alphonse Arnaud et la publication d’un ouvrage réunissant notamment ses chansons et leurs partitions. Pour « Babèu », nous ne disposions alors ni de la partition ni d’un enregistrement.
L’un d’entre nous, qui avait l’habitude de chanter cette chanson, est venu l’interpréter chez la fille d’Alphonse Arnaud. Après avoir recueilli ses remarques, nous avons confié l’enregistrement à Charles Mauras, qui en a transcrit la mélodie.
Une fois ce travail achevé, M. Sauveplane nous a appris qu’il possédait une partition qu’Alphonse Arnaud lui avait remise. La comparaison avec la transcription de Charles Mauras n’a révélé qu’une seule note différente.
Lors de la célébration du centenaire, un félibre de Villeneuve-lès-Avignon nous a également offert un enregistrement dans lequel Alphonse Arnaud chantait lui-même « Babèu ». La chanson s’était donc transmise fidèlement d’une génération à l’autre. Ces retrouvailles soulignaient aussi la justesse de l’écoute et le savoir-faire musical de Charles Mauras.
M. Sauveplane avait traduit les chansons d’Alphonse Arnaud, mais avait choisi de ne pas traduire « Babèu ». Voici comment il expliquait ce choix :
« La Sérénade à Babèu, poème intraduisible par excellence, relève de la chanson de geste.
Elle raconte la triste aventure d’un jeune troubadour qui vient en plein hiver clamer son amour chevaleresque sous les fenêtres de sa bien-aimée.
Hélas ! Les volets demeurent clos et le froid se fait de plus en plus vif !
Il faut vraiment qu’il l’aime, cette ingrate qui reste insensible à ses respectueux hommages !…
Mais soudain l’espoir renaît : les volets s’ouvrent, poussés par la main aimée qui apparaît enfin portant, non pas un bouquet de fleurs, mais un récipient plein à ras bord d’un liquide désagréable qui va refroidir les ardeurs de l’amoureux inondé et transi.
Alors, déçu, le cœur serré, il reprend sa route, bien décidé à dire sur sa guitare combien Babèu fut méchante en cette dure nuit. »
Nous écouterons d’abord l’interprétation de Charles Mauras, réalisée alors qu’il ne connaissait pas encore l’enregistrement d’Alphonse Arnaud. Nous entendrons ensuite Alphonse Arnaud lui-même, enregistré en 1966 sur la terrasse d’un café aux Saintes-Maries-de-la-Mer.
E maugrat lou verglas e la rispo jalado,
Amourous, siéu vengu, à l’ouro ount tout dourmis,
La canta, pianissimo, au pèd dóu caste nis
Ounte toun bèu cor s’espandis.
Siéu coume un roussignoulet
Qu’en sesoun maïenco
Bresso de si trioulet
Ta som vierginenco
Vene de toun amourous
Escouta l’aubado
Ounte moun cor que bado
Pèr tu s’es fa dous.
Ai Bonur ! Que fai fre ! Ma moustacho es glaçado !
Sènte plus mis artèu, moun nas fai la rajado
Fau t’ama, crèi lou bèn, pèr veni questo niò,
Souto toun fenestroun me planta coume un chot,
Quand fai tant bon autour dóu fiò.
Siéu coume un roussignoulet
Qu’en sesoun maïenco
Bresso de si trioulet
Ta som vierginenco
Vene de toun amourous
Escouta l’aubado
Ounte moun cor que bado
Pèr tu s’es fa dous.
Uno man, plan-planet durbis la fenestreto
Es Babèu ! Tèn quicon ! Es un bouquet de flour
Qu’a culi, siéu segur, pèr soun dous troubadour
Que vèn ié pourta soun amour.
Malur ! Acò’s pas un bouquet
Qu’a bagna ma tèsto
Quicon, sabe pas dequé,
Qu’embaumo… Qu’empèsto
Cauquino, pèr m’escampa
Toun pot de i…a…gno,
As pas agu la cagno
N’en siéu tout trempa.
O Babèu, marrit pèu ! Te farai plus d’aubado
Que lou vènt siegue dous o la rispo jalado
Vendrai plus, crèi lou bèn, dins l’escur de la niò,
Souto toun fenestroun me planta coume un chiot,
Restarai au cantoun dóu fiò.
Pèr tu moun amour es mort,
Moun amo es barrado
Pèr sèmpre as nega moun cor
Dins toun eissagado
Adiéu ! Marrido Babèu !
E se cante encaro,
Dirai sus ma guitaro
Que siés un chipèu.
Vole un poutoun
« Vole un poutoun » est une chanson légère et malicieuse, construite autour d’une promesse : en échange d’une chansonnette composée pour la jolie Fineto, le narrateur réclame pour récompense un simple baiser.
Entre admiration, badinage amoureux et autodérision, le texte dresse le portrait d’une jeune fille séduisante et moqueuse. Le refrain revient comme une demande tendre et insistante : obtenir enfin ce « doux baiser » promis en paiement de la chanson.
Tu m’as demandé, jolie Fineto,
Aquest matin en galejant,
Ce matin en plaisantant,
De te faire uno cansouneto,
De te faire une chansonnette
Em’un pichot èr agradant.
Avec un petit air gracieux.
M’as di : Quand vendras me l’adurre,
Tu m’as dit : Quand tu me l’apporteras
Demando-me ço que voudras,
Demande-moi ce que tu voudras,
S’es en moun poudé t’assegure,
Si je le peux, je t’assure,
Moun brave ami, vai, que l’auras.
Mon brave ami, tu l’auras.
Refrin
Vole un poutoun sus ta bouqueto,
Je veux un baiser sur ta petite bouche,
Autant dous qu’un cant d’auceloun,
Aussi doux qu’un chant d’oiselet,
Es lou pres de ma cansouneto,
C’est le prix de ma chansonnette,
Vole un poutoun, un dous poutoun.
Je veux un baiser, un doux baiser.
Dins ma sansougnetto iéu parle
Dans ma cantilène j’évoque
D’uno chatouno au parla dous,
Une fillette au doux parler,
La plus bello dóu pâïs d’Arle,
La plus belle du pays d’Arles,
Que tout lou fihan n’es jalous.
Dont toutes sont jalouses,
Verai, es un pau trufarello,
À dire vrai, elle est un peu moqueuse,
Mai vous farié metre à genoun
Mais elle vous ferait mettre à genoux
Quand de desssouto si parpello
Quand sous ses paupières
Vous arregardon si vistoun.
Vous regardent ses prunelles
Refrin
Es uno d’aquéli ninoio
C’est une de ces ingénues
Qu’emé soun biaisset agradiéu,
Qui avec un air charmant,
Emai saria un flo de croio
Seriez-vous de pierre,
Vous boutarié lou fiò de Diéu.
Vous insufflerait le feu de Dieu.
D’aquéli qu’emé soun sourire
De celles qui d’un sourire
Vous farien traire dins un four
Vous feraient jeter dans un four
E que pièi se meton à rire
Et qui se mettraient à rire
Se ié parlas un pau d’amour.
Si vous leur parliez un peu d’amour.
Refrin
Texte non chanté par R. Arnaud
Mon Dieu ! si j’étais son amoureux,
Que joio, que bonur pèr iéu !
Quelle joie, quel bonheur pour moi !
Au riéusset, à l’aucèu voulaire,
Au ruisseau, à l’oiseau qui vole,
Au cièli, à l’auro lou diriéu !
Au ciel, à la brise je le dirais !
Mai tout acò’s de farfantello,
Mais tout cela n’est qu’illusion,
Pecai, que me fan desparla,
Hélas, tout cela me fait déraisonner,
Car es talamen trufarello
Car elle est tellement moqueuse
Qu’à peno s’ause ié parla.
Que j’ose à peine lui parler.
Te dise pas, gènto Fineto,
Je ne te dis pas, jolie Fineto,
Lou noum d’aquéu poulit dragas ;
Le nom de cet hardi garçon ;
En ausissènt ma cansouneto
En écoutant ma chansonnette
Segur que lou recounèitras.
Bien sûr tu le reconnaîtras.
Aro moun oubreto es finido,
Cette œuvrette est finie,
Vène t’en demandas lou pres,
Je viens t’en demander le prix,
Siègues bono autant que poulido,
Sois aussi bonne que jolie,
Baio-me ço que m’as proumés.
Donne-moi ce que tu m’as promis.
Darnié refrin
Es un poutoun sus ta bouqueto,
C’est un baiser sur ta petite bouche,
Autant dous qu’un cant d’auceloun,
Aussi doux qu’un chant d’oiselet,
Es lou pres de ma cansouneto,
C’est le prix de ma chansonnette,
Vole un poutoun, un dous poutoun.
Je veux un baiser, un doux baiser.
Serenado en pantai
« Serenado en pantai » est une chanson tendre et mélancolique où le narrateur adresse, de loin, une sérénade à une bien-aimée qu’il pense ne jamais rencontrer. Sa mandore, presque usée, devient l’image du temps qui passe et d’une jeunesse déjà fragile.
Le poème mêle rêve amoureux, humour et résignation : l’amour idéal demeure inaccessible, et le chanteur préfère finalement conserver cette passion dans l’imaginaire plutôt que de risquer une rencontre trop tardive, lorsque le temps aura fait son œuvre.
Ma mandoro a plus qu’uno cordo,
Ma mandore n’a plus qu’une corde,
Uno cordo que vai peta,
Une corde prête à se rompre,
E la vido à peno m’acordo
Et la vie à peine m’accorde
Quàuquis an, belèu, pèr canta.
Quelques années, peut-être, pour chanter.
Vole doun, o ! ma bèn amado,
Je veux, donc, ô ma bien-aimée,
Tu que rescountrarai jamai,
Toi que je ne rencontrerai jamais,
Te souspira’no srenado,
Te soupirer une sérénade,
Tout soulet, de luen, en pantai.
Tout seul, de loin, en rêve.
Sabe pas se siés bruno o sauro,
Je ne sais si tu es brune ou blonde
Se me vos de bèn vo de mau,
Si tu me veux du bien ou du mal,
Se, coume iéu, de sèn siés pauro.
Si, comme moi, tu n’as guère de bon sens.
Tout acò, vejo, m’es egau.
Tout cela, vois-tu, m’est égal.
Mai que siegues saureto o bruno,
Mais que tu sois blondine ou brune,
Siéu segur, moun amour lou dis,
Je suis sûr, mon amour le dit,
Que siés bello coume pas uno
Que tu es belle plus qu’aucune
E que fariés moun paradis.
Et que tu serais mon paradis.
Ausiras jamai moun aubado
Tu n’entendras jamais cette aubade
E ma jouinesso finira
Et ma jeunesse s’achèvera
Sèns que ma bouco enamourado
Sans que ma bouche amoureuse
Poutouno toun front adoura.
Effleure ton front adoré.
Pamens, pèr se trufa de nautre
Pourtant, pour se moquer de nous
Un jour, lou Destin o l’asard,
Un jour, le Destin ou le hasard,
Pòu nous buta l’un davans l’autre,
Peut nous pousser l’un devant l’autre,
Mai ai pòu que siegue trop tard.
Mais je crains qu’il ne soit trop tard.
Ma mandorro aura plus de cordo
Ma mandore n’aura plus de corde
Pèr canta moun amour ardènt.
Pour chanter mon amour ardent.
Se ta bouco, un poutoun m’acordo,
Si ta bouche m’accorde un baiser,
Ailas ! sara’n poutoun sèns dènt.
Hélas ! plus de dents pour ce baiser.
Vau doun mai, o ma bèn amado,
Donc, il vaut mieux, ma bien-aimée,
Que mis iue te vegon jamai.
Que mes yeux ne te voient jamais
E que cante ma serenado
Et que je chante ma sérénade
Tout soulet, de luen, en pantai.
Tout seul, de loin, dans mon rêve.
Armana prouvençau dóu Felibrige 1958
Lou jardin abandouna
« Lou jardin abandouna » est une évocation mélancolique d’un lieu autrefois vivant, désormais abandonné. Le narrateur revient dans un jardin et une maison en ruine, où le silence a remplacé les chansons, les rires et les souvenirs d’autrefois.
À cette nostalgie s’ajoute la conscience que tout va disparaître : la maison sera détruite, le jardin transformé et le passé effacé. Le poème invite pourtant à ne pas rester prisonnier des souvenirs, mais à reprendre sa vie et à s’éloigner, seul, avec ce qui demeure dans la mémoire.
Ai durbi la porto
J’ai ouvert la porte
Dóu jardin abandouna.
Du jardin abandonné.
Sus li fueio morto,
Sur les feuilles mortes
Malancòni, ai camina
Avec mélancolie, j’ai cheminé
Vers l’oustau en rouino
Vers la maison en ruine
Dóu tèulis abadarna ;
À la toiture crevassée
La rispo ié souino
Gémit la bise
Coume uno amo de dana.
Comme une âme de damné.
Aro, dins la salo
Maintenant dans la salle
Qu’ausissié cansoun e ris,
Où s’élevaient chansons et rires,
L’aragno ié fialo
L’araignée file
E lou chot ié fai soun nis.
Et le hibou a fait son nid.
Dins lou grèu silènci,
Dans le lourd silence,
Iéu cerque toun oumbro en van.
En vain je cherche ton ombre,
Moun cor en doulènci
Mon cœur endolori,
Bat pèr tu maugrat lis an.
Malgré les ans, bat pour toi.
Deman, l’esfataire,
Demain, un défricheur
Aubre e bouissoun rasara,
Rasera arbres et buissons,
E, lou descoublaire,
Et, le démolisseur
L’oustau desmarmaiara.
Démembrera la maison.
De paret sènso amo,
Des murs sans âme
Coume tout ço qu’es trop nòu
Comme tout ce qui est trop neuf
S’aubouraran, flamo,
S’élèveront tout neuf,
Pèr de gènt qu’a fa soun bòu !
Pour des gens qui ont fait leur magot !
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Paure pantaiare,
Pauvre rêveur,
Remènes pas lou passat.
Ne rumine pas le passé.
Perqué te coumplaire
Pourquoi te complaire
I trelus vuei amoussa ?
Aux splendeurs éteintes ?
Vai, repren ta vido,
Va, reprends ta vie,
Pos encaro la flouri ;
Tu peux encore la fleurir :
Quito la bastido
Laisse la bastide
E lou claus que van mouri.
Et ce clos qui va mourir.
Reprene la lèio,
Reprends l’allée,
Tristo lèio dóu retour.
La triste allée du retour.
Lou vènt e la plueio
Le vent et la pluie
Fouiton mis iue plen de plour.
Fouettent mes yeux en pleurs.
Pièi, barre la porto,
Puis, ferme la porte,
Pèr plus eici reveni,
Pour ne plus revenir
E fuge pèr orto,
Fuis à travers champs,
Soul, emé toun souveni !
Seul, avec ton souvenir !
Nautre li Païsan
« Nautre li Païsan » évoque l’exode des campagnes vers la ville et l’abandon progressif du monde rural. Le texte oppose à cette fuite l’attachement de ceux qui restent, gardiens des traditions, du terroir et de la mémoire des anciens.
Malgré les bouleversements et la disparition d’un mode de vie, il exprime l’espoir d’une renaissance portée par les générations futures, fidèles à leurs racines.
Vèrs la vilasso
Vers la grande ville
Li fin de raço
Les fins de race
Quitant la terro,
Quittant la terre,
Van à l’espèro
Dans l’espoir
D’un bèu destin.
D’un beau destin.
Li tantalòri
Les lunatiques
Oublidon bòri,
Oublient la ferme
Fougau, enfanço,
Le foyer, l’enfance,
Dóuci travanço…
Douce vision…
Ah ! li mesquin !
Ah ! les mesquins !
Poudran belèu grand trin mena
Ils pourront mener grand train
Tout soun sadoul,
Tout leur soûl,
Au mas, li vièi abandouna
Au mas, les vieux abandonnés
Mouriran soul.
Mourront seuls.
Mai nautre, testard gardian
Mais nous, têtus gardiens
Di tradicioun, liam
Des traditions, lien
Dis engendrado,
Entre les générations,
Au terraire enracina,
Enracinés dans ce terroir,
Seguissèn dis einat
Nous suivons les chemins
Lis endraiado
Tracés par nos aînés
Servan lion di pourridié,
Loin des corruptions,
Di nòvi barbarié,
Des nouvelles barbaries
Souto lou cèndre,
Sous la cendre,
Dis aujòu lou fiò sacra
Le feu sacré des aïeux
Que tourna lusira
Qui luira à nouveau
Quand Diéu voudra.
Quand Dieu voudra
Ansi li goulo
Ainsi les gouffres
Raubon en foulo
Absorbent en foule
La pacaniho
Les paysans
Que s’espatriho.
Qui s’expatrient.
Ai, quante sort !
Ah ! quel sort !
Adiéu, simplesso,
Adieu, simplicité,
Adiéu, autesso
Adieu, noblesse
Dis ome libre !
Des hommes libres !
Barren lou libre
Fermons le livre
Di san, di fort !
Des sains, des forts !
Au mouloun fau s’amoulouna,
Il faut grossir le tas
Perdre soun frau
Prendre son élan
E, badau, se leissa mena
Et, badaud se laisser mener
Coume d’esclau.
Comme des esclaves.
Mai li que reston, gardian
Mais ceux qui restent, gardiens
Di tradicioun, liam
Des traditions, lien
Dis engendrado,
Entre les générations,
Au terraire enracina,
Enracinés dans ce terroir,
Seguissèn dis einat
Nous suivons les chemins
Lis endraiado
Tracés par nos aînés
Servan lion di pourridié,
Loin des corruptions,
Di nòvi barbarié,
Des nouvelles barbaries,
Souto lou cèndre,
Maintenant sous la cendre
Dis aujòu lou fiò sacra
Le feu sacré des aïeux
Que tourna lusira
Qui luira à nouveau
Quand Diéu voudra.
Quand Dieu voudra
Un jour terrible,
Un jour terrible,
Dins l’endoulible
Dans la tourmente
Li Babilòni
Les Babylones
Veiran l’angòni
Verront l’agonie
De sa grandour.
De leur grandeur.
Sus si clapiero
Sur les ruines
Li bartassiero
Les buissons
Escoudran, fèro,
Cacheront, sauvages,
Ailas ! ço qu’èro
Ce qui était, hélas !
La resplendour.
Leur splendeur.
Si grands ourguei, si grand record
Leurs grands orgueils, leurs grands souvenirs
S’escafaran,
S’effaceront,
Sus soun passa silènci e mort
Sur son passé silence et mort
S’espandiran.
S’étendront.
Mai vautre, fidèu gardian
Mais vous, fidèles gardiens
De l’eime aujòu, liam
De l’esprit des anciens, lien
Dis engendrado,
Des générations,
Païsan voste sang viéu
Paysans votre sang vif
Baiara vanc renadiéu
Apportera un élan pour la renaissance
I raço arnado.
Aux races menacées.
De la terro, mai, li fiéu
De la terre, mais, les fils
Saran mèstre dóu siéu
Seront maîtres chez eux
- O revirado -
- O changement -
E li tèms premié, belèu,
Et les temps premiers, peut-être,
Revendran, rust, bèu,
Redeviendront, rudes et beaux
Li tèms nouvèu.
Les temps nouveaux.
La culido de l’amour
« La culido de l’amour » célèbre l’éveil des sentiments et la jeunesse, comparés au renouveau du printemps et à l’éclosion des fleurs. Le poème invite à goûter la douceur des premiers élans amoureux, tant qu’ils conservent leur fraîcheur et leur innocence.
Mais il rappelle aussi que le temps passe, que les rêves peuvent s’effacer et que les désillusions viennent avec l’âge. Son message est donc clair : il faut savoir profiter du printemps de la vie et ne pas laisser passer la « cueillette de l’amour ».
Quand dins li gazoun d’abriéu
Quand sur les gazons d’avril
Naisson li margarideto,
Naissent les pâquerettes
Lou sang bat plus caud, plus viéu,
Le sang bat plus chaud, plus vif,
Dins lou cor di jouveineto.
Dans le cœur des jouvencelles.
Eli soun coume li flour,
Elles sont comme les fleurs,
S’espandisson à la vido
S’épanouissent à la vie
E senton veni, ravido,
Et sentent venir, ravies,
L’espelido de l’amour.
La naissance de l’amour.
O jouvènt, saches ama
O jeune homme, sache aimer
Li sege an de ta chatouno,
Les seize ans de ta bien-aimée,
Soun amour es perfuma
Son amour est parfumé
Coume roso que boutouno.
Comme la rose prête à éclore.
Es pas’ncaro verinous,
Il n’est pas encore vénéneux,
Sa caresso es pas alabro
Sa caresse n’est pas encore cupide
E lou poutoun de si labro
Et le baiser de ses lèvres
Te sara jamai tant dous.
Ne te sera jamais aussi doux.
Plus tard, aquel ange pur
Plus tard, cet ange pur
Devendra femeto facho,
Deviendra femme faite,
Adiéu jour teissu d’azur ;
Adieu, jours tissés d’azur ;
Coumençaran li desfacho,
Alors viendra la désillusion,
Veiras que tout es pas vrai
Tu sauras que tout n’est pas vrai
Dins lou cor d’uno mestresso,
Dans le cœur d’une maîtresse
E plouraras ta jouinesso
Et tu pleureras ta jeunesse
Toun amour e si pantai.
Ton amour et ses rêves.
Proufichas dounc de l’abriéu,
Profitez donc de l’avril,
O barbèu e tu, drouleto,
O jeunes gens et vous fillettes,
Car, coume l’aigo dóu riéu,
Car, ainsi que l’eau du ruisseau,
Cour, s’envai e pièi… lingueto !
Qui court, s’enfuit et puis… bernique !
Leissès pas blesi li jour
Ne laissez pas se gâter les jours
Dóu printèms de vosto vido,
Du printemps de votre vie,
E manques pas la culido,
Et ne manquez pas la cueillette
La culido de l’amour.
La cueillette de l’amour.
Toute diffusion est vivement encouragée et souhaitée
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